AU BOULEAU !..

Depuis que nous avons un jardin et que nous vivons à la lisière d’une forêt de pins, nous sommes réellement plus attentifs au changements de saison et à toutes les petites métamorphoses qui s’opèrent pendant celles-ci. J’apprends également, petit à petit, à reconnaître les plantes sauvages afin de bénéficier, autant que faire se peu, de leurs bienfaits (en restant tout de même extrêmement vigilante !)… C’est en échangeant avec Maryse (une spécialiste des plantes sauvages) que j’ai eu envie de vivre l’expérience hors du commun de la cure d’eau de bouleau ! Je vous raconte ?!

La Nature est bien faite. La sève monte au printemps (pendant les mois de mars et d’avril) et c’est justement là que nous avons le plus besoin. Car, elle-ci favorise le drainage et l’élimination de tous les déchets et toxines accumulés pendant l’hiver où le manque d’activité physique et l’excès de nourriture riche ont encrassé notre organisme. À cette période, d’énormes quantités de sève montent, en effet, dans les arbres pour permettre le développement des bourgeons et des feuilles (n’ayez crainte, votre récolte, n’empêchera en aucun cas l’arbre de se développer !). Toutes ces propriétés naturelles expliquent sans doute pourquoi le bouleau symbolise la purification dans de nombreux pays et notamment en Scandinavie.

Seulement la sève ne « pulse » en continue ! Sa récolte nécessite des conditions climatiques et lunaires particulières : nuits glaciales et noires avec des journées clémentes et lumineuses, lune montante et croissante… Nous avons donc attendu patiemment l’appel de Maryse pour récolter le précieux nectar de l’un de nos bouleaux.

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Pour ce qui est de la mystérieuse « percée », instant magique et fugace, pratiquée depuis des millénaires par les hommes, elle doit, il va s’en dire, s’opérer dans le respect des arbres et de la nature.

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Aussi, les enfants et moi-même avons-nous été fasciné par les rituels de Maryse (qui « perce » les bouleaux depuis plus de 9 ans, le plus souvent en Ariège et dans la Creuse). Rituels qui consistent en une première observation (l’arbre est-il suffisamment mature ? Ses branches sont-elles couvertes de lichen ?…), en une approche tactile (les récoltants de sève demandent toujours l’accord de l’arbre et n’omettent jamais de le remercier de leur don)…

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Enfin, Maryse, devant nos yeux émerveillés, a foré, le plus délicatement du monde, le tronc (au sud, là où le soleil chauffe l’écorce), jusqu’à atteindre la zone humide qui se situe au cœur de l’arbre (à environ 6 mm, en, fonction du développement de celui-ci!), afin d’y insérer un petit tuyau relié à un bidon (placé à l’ombre de l’arbre).

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Et Maryse de nous préciser que « le débit varie tout au long de la journée, qu’il s’interrompt la nuit et qu’il peut atteindre 1à 5 litres par arbre adulte par jour. Aussi, nous faudra-t-il relever le suc, matin et soir et l’embouteiller avant de le placer au frais (sinon le sucre provoquera une fermentation qui poussée à l’extrême, permettra d’obtenir un vin de bouleau!).

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Évidemment, il ne faut pas prélever la sève de l’arbre, outre mesure (compter une cure de 5 litres pour un adulte) et qu’il faut éviter de percer le même arbre l’année suivante.

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Sitôt, récoltée, Maryse, qui a gentiment accepté de nous introniser, nous propose de goûter une lampée du liquide limpide. Nous avons ainsi, et pour la toute première fois, trempé religieusement nos lèvres dans la sève fraîche !

Chacun de nous s’est ensuite prêté, avec un amusement non dissimulé, au jeu des commentaires :«C’est un peu sucré.. », « C’est subtil »…

Ce qui nous a tous mis d’accord, notre stupéfaction face au goutte à goutte de l’élixir sylvestre !

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De cette parenthèse enchantée (ponctuée de petites averses !), je retiendrai : la bienveillance de Maryse envers notre arbre, le son (imperceptible à nos oreilles de novices) de la sève qui monte, les sourires au coin des lèvres des enfants émerveillés par l’eau « delà », nous 5 agenouillés auprès de l’arbre donateur, désormais baptisé : Charles, voisin de Jacques et Léon, appartenant tous trois à la même souche !

Enfin, après une cure de quelques jours, avons-nous soigneusement rebouché la petite entaille avec un bouchon de feuilles et cicatrisé l’écorce avec un pansement d’argile.

Notez que l’on peut aussi utiliser la sève de bouleau comme eu tonique pour le visage et les feuilles de l’arbre (durant les mois de mai et juin) pour élaborer sa propre tisane. Peut-être avez-vous, par ailleurs, déjà goûté au sucre de bouleau, désormais proposé dans les magasins biologiques ? Sachez également qu’en Scandinavie, on fabrique même du pain avec de la sciure (!) de bouleau bouillie, séchée au four, pulvérisée et mélangée à de la farine tandis que les amérindiens consomment l’écorce du bouleau à papier réputée très sucrée. 

Pour la petite histoire… Betula est d’origine celtique. « Bouleau » dérive directement du latin et de l’ancien français « boul ». Papyfera, le nom de notre espèce la plus commune, signifie « bouleau à papier ». On l’appelle aussi « bouleau blanc » ou « bouleau à canot ». À noter que le nom générique anglais birch, qui désigne toutes les espèces de bouleaux, est d’origine sanscrite (bhurga) et signifie « ce sur quoi l’on peut écrire ». Bref, tous les bouleaux présentent une écorce caractéristique qui rappelle le papier.

En Europe, on a appelé le bouleau « l’arbre de la sagesse » et toute une petite mythologie s’est créée autour de lui. Axe du monde, pilier cosmique, arbre sacré, il a tantôt symbolisé le printemps et les jeunes filles, tantôt les esprits protecteurs. Ses branches ont servi à recouvrir les dépouilles mortelles ainsi qu’à confectionner des torches nuptiales que l’on brûlait le jour des noces pour attirer le bonheur sur les nouveaux mariés.

PS : Cet article vous a plu ? Ne vous ruez néanmoins pas sur le premier bouleau venu ! Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’opération requiert une certaine expérience…. mieux vaut laisser ce soin à un habitué, sous peine de causer la mort de l’arbre élu.

©OLIVIERCOCHARD

 

 

4 réflexions sur “AU BOULEAU !..

  1. Christellemars dit :

    Très intéressant, je n’avais jamais entendu parler de ce type de récolte.
    Je regrette de ne pas avoir de bouleau dans mon jardin, pas pour le percer mais parce qu’ils sont beaux.

  2. Agnès dit :

    Quelle merveille !
    Je n’en ai jamais bu « au pied de l’arbre » et je me dis que c’est une belle chose !

  3. Adeline dit :

    Tous ces conseils sont les bienvenus. Dans la revue la Petite Salamandre, ils proposent cette activité en quelques lignes. Aussi j’allais faire exactement ce que tu déconseilles, me ruer sur le premier bouleau venu pour tenter l’expérience. Je vais du coup être beaucoup plus vigilante.
    Merci pour ce bel article.

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