LA REINE DES TRUFFES !

Il est un petit champignon qui fait tourner les têtes. Hallucinant mais pas hallucinogène, euphorisant, voire même aphrodisiaque ! Fruit de la rencontre entre un sol, un arbre et un champignon, le fameux « diamant noir » n’en finit pas de faire jaser sur les marchés ! La saison de la truffe d’hiver touchant à sa fin, il était temps pour nous de partir à la chasse au trésor.

« Le temps est idéal pour se rendre sur la truffière. Le sol est gelé juste comme il faut. Il nous faut seulement attendre que le soleil perce un peu plus. » Il est 10 heures près de Saint-Émilion, dans un endroit tenu secret. Le soleil rasant se lève timidement dans la brume de ce matin de février.

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Christophe Meynard et sa compagne Isabelle, tous deux peintres décorateurs en bâtiment, nous invitent à nous assoir pour nous relater, autour d’un café, leur coup de foudre pour les divins tubercules.

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« Je devais avoir 5 ans quand mon père m’a proposé de le suivre pour cueillir des champignons pour la première fois ! commence Christophe. Dès lors, je n’ai jamais raccroché le panier, sauf bien sûr pour pratiquer mon activité ! » Isabelle de poursuivre : « Sur un chantier de peinture dans un château bordelais, la propriétaire qui préparait un potage truffé m’a proposé de mettre le doigt dans le plat pour découvrir cette saveur que je ne connaissais pas. Une révélation ! Le soir même, j’expliquais à Christophe mon incroyable émotion et quelques jours plus tard, il s’en allait acheter une truffe sur un marché de Dordogne. Dégustation faite, l’idée a germé de se lancer ensemble dans l’aventure de la trufficulture. »

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Les tasses vides, nous enfilons manteaux, gants, écharpes et bonnets à la hâte, avant d’arpenter ladite truffière. Diams et Gucci, les deux jack russels, tenus en laisse font des bons à l’idée de caver (c’est comme ça qu’on dit chercher des truffes). Christophe, la musette en bandoulière, nous guide jusqu’aux chênes verts, charmes et noisetiers qu’il a plantés il y a maintenant une dizaine d’années et qu’il entretient amoureusement.

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« Le plaisir réside ainsi autant dans le fait de produire de la truffe que dans le fait de la chasser et de savourer le produit même de sa chasse ! »

Plus qu’une passion, pour Christophe, la truffe est une pierre philosophale ! Non, pas par la première interprétation qu’on lui connait : la transmutation du plomb en or, mais comme une métaphore de l’apprentissage. La tuber melanosporum ne se laisse pas facilement apprivoiser ! Et si bien des théories sont valables pour un endroit donné (une terre argilo-calcaire aérée, des chênes bien entretenus, un printemps tiède et humide, un été chaud et orageux…), elles seront caduques chez le voisin. Chaque sol est différent !

Chasse gardée

Les choses sérieuses commencent alors. Christophe motive ses troupes avec toute la douceur qui le caractérise « Allez Diams, cherche… ». Quelques minutes suffiront à la chienne pour débusquer une truffe parvenue à maturité.

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« Il faut faire confiance au chien, lui seul sait où caver. » Le maître sent à son tour la terre pour vérifier qu’elle embaume la truffe. Armé de son pic, il tâtonne. Quand le Graal apparaît entre ses doigts, homme et animal exultent !

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« Au début du 20e siècle, on produisait entre 1 000 à 2 000 tonnes de truffes chaque année. Aujourd’hui, entre 10 à 50 tonnes alors que la demande avoisine les 200 tonnes. De plus, une récente étude prouve que le réchauffement climatique invite les truffes du Périgord à une migration vers le Nord… »

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La découverte du trésor se partage, Christophe fait renifler sa découverte à la chienne. « Tous les chiens, quelque soit leur race, peuvent devenir de bons chiens truffiers. Mais certains ont quand même de meilleures prédispositions. Diams a commencé à détecter les truffes à 2 mois. Je lui ai appris le goût de la truffe, en associant au début brisures et friandises. Mais surtout, pour le chien, le cavage doit rester un jeu et un moment de complicité avec son maître ! »

Diamant brut 

Aujourd’hui, Christophe fournit quelques-uns des plus grands chefs français (de Ronan Kervarrec au chef Yannick Alleno en passant par Pierre Gagnaire, excusez du peu !) et intervient en qualité de contrôleur sur les marchés truffiers, comme celui très contrôlé de Saint-Émilion organisé par le syndicat des trufficulteurs de la Gironde. Il songe désormais à troquer un jour ses pinceaux pour son pic à truffes.

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La balade touche à sa fin. Voici le temps du nettoyage, de l’inspection et enfin du canifage, qui consiste à ôter les défauts que peut présenter le champignon.

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Ultime étape : la dégustation. La bouche pleine, Christophe assure que le tarif des truffes girondines n’est pas vraiment excessif. « Il faut compter entre 3 et 5 euros par personne, c’est moins cher qu’un paquet de cigarettes ! Avec 30 euros, on peut vraiment se faire plaisir ! »

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On en redemande… et nous ne sommes pas les seuls !

Encore une fois, quel bonheur de partir à la rencontre de petits producteurs, locaux et passionnés !

Ce portrait a été réalisé pour Oui mag ! Le magazine de La ruche qui dit oui. Vous pouvez le retrouver dans son intégralité ici : https://magazine.laruchequiditoui.fr/truffes-dans-la-brume/

 

 

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