BERGER, LE CHEMIN VERS LA LIBERTÉ (EXTRAIT)

Il était une fois, Barracuda, de son vrai prénom Pierre. Il était une fois, un berger, son chien et un troupeau de brebis. L’histoire d’un besoin existentiel de liberté plus que d’un attachement à un métier. L’histoire d’un cayolar (cabane de berger typique des Pyrénées) perché sur les sommets à quelques encablures du col de Larrau, au seuil duquel on assiste avec ravissement aux changements de marées des nuages. Nous y voilà… au 7e ciel avec Barracuda  !

Il est 11h. La brume reste en bas. Seuls les cris des vautours et sonnailles des brebis résonnent alentour. À grands coups de rafales, le vent couche herbes tendres et fleurs sauvages des estives. Le bois coupé sèche en attendant son heure. Après la courte visite des lieux (autrefois composés d’une pièce unique spartiate, le cayolar compte désormais cuisine avec poêle, chambre à plusieurs lits et cabinet de toilette) et parce que les estomacs crient famine, chacun s’affaire à préparer le déjeuner, sur fond de chants basques provenant d’une radio postée près de la gazinière.

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Au menu du jour : salade de tomates aux fameux piments doux relevée de piment d’Espelette, xingar (tranches de porc conservé par salaison) et œufs de ferme frits à la poêle, le tout “maison” et arrosé de vin rouge. On dresse la table tandis que Beltza (comprendre “noir” en basque), chien fidèle du berger, étendu de tout son long dans l’entrebâillement de la porte, imperturbable, attend la récompense quotidienne promise pour son travail accompli du matin.

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Déni de retraite

“Le bonheur, c’est ici.” Bombance faite, les mains dans les poches, par la fenêtre grande ouverte, Pierre regarde avec émotion en direction des sommets. Détournant ensuite les yeux, la voix chaude, il se remémore les transhumances d’autrefois. Petit-fils d’agriculteur, à l’âge de dix ans il fut emmené par son père pour dormir pour la première fois avec lui “en haut” et, tout seul, seulement deux ans plus tard. “C’était en 1961. À l’époque, ni bétaillère, ni pick-up ! On montait à pied depuis la vallée de Larrau”. Le père du petit Pierre s’en fut peu de temps après. Alors, le jeune garçon dut continuer à travailler à la ferme en la quittant chaque printemps pour monter en altitude, au rythme des animaux. Avec 66 brebis de race du pays, 9 vaches, 5 génisses, 1 âne et quelques cochons, le travail ne manquait pas et Pierre avait foi en son exploitation.

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L’avenir lui a donné raison puisque son cheptel compte aujourd’hui pas moins de 300 brebis de race Lacaune, 55 vaches et une dizaine de cochons. Du haut de ses 65 ans et après 50 années à assumer une charge de travail dantesque, Pierre a finalement confié exploitation et troupeau “au fiston” sans pour autant parvenir à raccrocher le makhila (bâton de berger basque en néflier).

Toutefois, parce qu’un cayolar, pierre angulaire d’un système agropastoral ancestral toujours de rigueur dans le pays basque, est la copropriété de plusieurs éleveurs autour du principe du Txotx qui se transmet de génération en génération, ses membres se relaient pour assurer garde et soin des bêtes. Soir compter, trier, isoler les malades, tailler des ongles, tarir les brebis afin d’éviter les mammites, retirer les éventuels barbelés positionnés le long du GR pris dans la laine, soigner les pattes abîmées par le dénivelé ou encore effectuer la tonte à raison d’une à deux fois par an, sur une période définie (de trois à six fois entre les mois de mai et de septembre).

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Pour faire simple, plus on a de brebis, plus le txotx est important (demi ou quart) et plus on a de jours de surveillance du troupeau…

“Quand un grand ami, l’un des 5 bergers de notre cayolar nous a quitté l’an dernier, j’ai décidé d’assurer ses périodes de surveillance du troupeau (qui compte 880 brebis), sans quoi son épouse aurait été contrainte de cesser son activité. De nouveau, je monte ainsi quatre fois dans la saison pour quatre jours à chaque fois. Loin d’être une punition, j’exulte à l’idée de me retrouver ici. J’ai toujours cette impression de faire l’école buissonnière ! Quand on a connu les montagnes tout petit, c’est un besoin vital que de se retrouver dans cette nature ! Voyez Martin, berger du cayolar qui se situe juste en dessous, à 81 ans, il continue d’assurer ses tours de garde !”

Laisser des plumes

Après cette première nuit passée entre la terre et le ciel, vient le moment pour Pierre de sonner l’heure du départ. Il est 6 h 30. Le ciel est rose poudré. Le silence absolu. Dans la douceur du petit matin, sillonner les chemins tracés par les caprins afin de rassembler le troupeau… on comprend aisément le bonheur ressenti par les éleveurs qui troquent encore, sans hésiter, leur quotidien fermier pour un quotidien de berger ! En chemin, toujours précédé de Beltza, Pierre s’arrête. Il saisit ses jumelles, guette, marmonne, repart, avant de lâcher : “Vous voyez les quelques vautours là, d’ici une heure, ils seront plus de 200”.

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“Ils ont commencé à décharner une brebis et dans deux heures, seuls les os resteront !” Lorsqu’il aborde le sujet de l’invasion des vautours fauves qui nichent ici en colonies, Pierre ne mâche pas ses mots : ”Dans les années 70, au bord de l’extinction, les rapaces ont bien failli disparaître des Pyrénées mais c’était sans compter sur la restauration de l’espèce, via des opérations de nourrissage avec des déchets industriels porcins sur le versant espagnol. Imaginez-vous, leur population au sud des Pyrénées est passée de 2 000 à 20 000 couples !”

La crise de la vache folle a mis fin à l’Eldorado espagnol, laissant la colonie de vautours crier famine. Affamés et toujours plus nombreux, ils s’attaquent aujourd’hui aux brebis, vaches, chevaux… et sont devenus l’une des plus grandes inquiétudes des éleveurs ! D’autant que les dégâts dus à ces attaques ne sont pas pris en compte par les assurances ! “Faute d’indemnisation, nous ne déclarons même plus nos pertes !”. En attendant des stations d’équarrissage, solution sur laquelle l’état se penche, les vautours continuent de faire des ravages !

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Ceci est une « mise en bouche » de l’article, retrouvez-le dans son intégralité sur : 

https://magazine.laruchequiditoui.fr/berger-le-chemin-vers-la-liberte/

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©OLIVIER COCHARD

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